vendredi 14 mars 2025

Saint Benoit de Nursie


Le 14 Mars : Mémoire de notre vénérable Père théophore BENOIT de NURSIE (1).

Notre saint Père Benoît vit le jour entre 480 et 490, à Nursie (Norcia), petite ville de province située dans les montagnes au nord-est de Rome, au sein d'une famille chrétienne pieuse et aisée. Envoyé à Rome pour ses études, celui qui avait acquis dès son enfance la sagesse d'un vieillard, désireux de plaire à Dieu seul, dédaigna les plaisirs du monde et ses vaines promesses, pour se mettre en quête du saint Habit monastique.

Comme il s'était arrêté dans la bourgade d'Affile (aujourd’hui Effide), sa nourrice, qui l'avait suivi avec l'attachement d'une mère, emprunta un crible en terre cuite pour nettoyer le grain, en vue de préparer du pain. Mais le vase se brisa en tombant à terre. Voyant le chagrin de sa nourrice, le jeune garçon se mit à prier avec larmes et lorsqu'il se releva il lui remit l'objet intact. Dans leur admiration pour ce miracle, les habitants suspendirent le crible à la porte de l'église. Craignant de se voir privé de la faveur divine par la vaine gloire des hommes, Benoît s'enfuit alors clandestinement et se retira à Subiaco, située sur les contreforts des Abruzzes, dans une grotte perchée à plus de six cents mètres d'altitude, où il demeura inconnu des hommes, sauf d'un moine cénobite, Romain, qui l'avait revêtu du saint Habit monastique et venait lui apporter en secret des provisions qu'il économisait sur sa propre portion.

Au bout de trois ans, Dieu, qui ne voulait pas laisser cachée sa vertu, révéla la cachette de son serviteur à un prêtre qui, le jour de Pâques, vint lui apporter de la nourriture. Benoît, qui avait oublié toute notion du temps, le salua en disant : « Je sais bien que c'est Pâques, puisque j'ai l'honneur de te voir ! » Peu après des bergers le découvrirent à leur tour et, dès lors, un grand nombre de personnes vint lui rendre visite pour recevoir une parole de salut.

Un jour, alors que le Saint priait seul, le démon lui apparut sous la forme d'un merle noir et, aussitôt après, il fut terriblement assailli par les feux de la tentation charnelle, à tel point qu'il était presque décidé à quitter sa solitude lorsque, sous l'impulsion de la divine grâce, il se jeta nu dans un buisson d'orties et de ronces et remporta ainsi, par la douleur, une victoire définitive sur la volupté. Gratifié par Dieu de l'impassibilité de la chair, il pouvait à bon droit devenir dès lors maître de vertu pour les autres, comme un homme mûr.

Le supérieur du monastère voisin de Vicovaro étant venu à mourir, les moines insistèrent auprès de Benoît et parvinrent à le convaincre de prendre leur direction. Mais, dès que celui-ci voulut leur imposer une stricte discipline évangélique, qui se heurtait à leur conduite tortueuse, ils commencèrent à murmurer contre lui et en vinrent même à tenter de l'empoisonner. Mais aussitôt que l'homme de Dieu fit le signe de croix au-dessus de la carafe contenant le breuvage de mort, qu'on lui présentait, celle-ci se brisa. Le visage serein et l'âme en paix, sans aucune haine pour ses ennemis, il quitta ceux qui étaient incorrigibles et retourna au désert, pour « habiter avec lui-même » et veiller constamment sur son coeur en présence de son Créateur, sans laisser l'oeil de son âme répandre ses regards à l'extérieur.

Comme il allait croissant en vertus et dans la contemplation, il attira à lui de nombreux disciples et des nobles de Rome vinrent lui confier leurs fils : Maur [15 janv.] et l'enfant Placide(2). Il les organisa en douze monastères, répartis aux alentours et comportant chacun douze moines, à la tête desquels se trouvait un supérieur qui rendait compte à l'homme de Dieu de tout ce qui concernait la vie commune et l'avancement spirituel de chaque moine. Benoît était à la fois leur père spirituel et le modèle vivant de la parfaite observance monastique. Il subvenait à tous leurs besoins matériels par l'assistance de la grâce divine et, discernant les pensées secrètes de leur cœur, il n'hésitait pas, dans son amour paternel, à les corriger, parfois par des peines corporelles, pour leur faire quitter leurs mauvaises habitudes.

Ses vertus et de tels miracles suscitèrent cependant de nouvelles tribulations au Saint. Un prêtre nommé Florent, pris de jalousie à son égard sous la suggestion du diable, se mit à répandre sur lui toutes sortes de calomnies, en vue d'éloigner ses visiteurs, et il alla même jusqu'à lui envoyer, un jour, un pain empoisonné. En recevant ce cadeau maléfique, Benoît le tendit à un corbeau, qui avait coutume de venir prendre sa pitance de sa main, et lui ordonna d'aller le jeter dans un lieu où personne ne pourrait le trouver. Le prêtre indigne n'en cessa pas pour autant de dresser des embûches au saint et, voyant qu'il ne pouvait rien contre Benoît lui-même, il entreprit de faire tomber ses disciples en envoyant sept jeunes filles danser nues sous leurs regards, dans le jardin du monastère. Craignant de devenir cause de chute pour ses frères, Benoît décida de ne pas résister davantage au méchant et, après avoir donné ses dernières recommandations aux supérieurs des monastères, il quitta Subiaco à la tête d'un petit groupe de disciples (vers 529). Quand il apprit, quelque temps après, la mort accidentelle de Florent, l'Homme de Dieu se lamenta sincèrement sur lui et soumit à la pénitence un de ses disciples qui s'en était réjoui.

Ils parvinrent au mont Cassin, montagne située à mi-chemin entre Rome et Naples, au sommet de laquelle se trouvait un temple jadis dédié au culte d'Apollon. Le Saint commença par briser l'idole et renversa l'autel pour transformer le temple en une église dédiée à Saint Martin de Tours [11 novembre]. Il rasa les bois, où les habitants se livraient encore aux cultes idolâtres et réussit à les convertir par sa parole apostolique. Criant de dépit et maudissant Benoît, Satan essaya de dresser des embûches aux moines dans la construction du monastère ; mais chaque fois la puissance de Dieu le mettait en déroute.

Le roi des Ostrogoths, Totila, qui ravageait alors l'Italie par une guerre sanguinaire (535-551), voulant éprouver l'esprit prophétique du saint, envoya à sa place son écuyer revêtu de tous ses ornements royaux, mais dès qu'il vit apparaître le brillant équipage, l'homme de Dieu cria : « Quitte, mon fils, ce qui ne t'appartient pas ! » Totila vint alors en personne se prosterner aux pieds du saint qui le releva lui-même, lui reprocha ses mauvaises actions et lui prédit qu'il trouverait la mort après dix ans de règne dans Rome. Cette prédiction se réalisa exactement, en 556. Une autre fois, il apparut en songe au supérieur qu'il avait désigné pour un monastère à Terracine, et il lui indiqua tous les emplacements des bâtiments conventuels qu'il devait construire.

En temps de disette, saint Benoît fit, par sa prière, abonder le blé et l'huile au monastère, afin de laisser ses moines vaquer sans soucis à « l'oeuvre de Dieu, à laquelle rien ne doit être préférable »3. Il avait organisé la louange de Dieu avec mesure, pour qu'elle soit accessible à tous, en se fondant sur la tradition des Pères d'Orient et sur les usages romains de son temps. Constamment uni à Dieu par la prière, il n'en dédaignait pas pour autant le travail manuel avec ses moines. Un jour, en revenant des champs, il vit à la porte du monastère le corps inanimé d'un enfant que son père avait déposé là. Poussé par sa compassion, Benoît supplia le Seigneur au nom de la foi de ce père éploré, et l'enfant reprit vie. Les paroles mêmes du saint avaient une puissance divine et elles avaient aussi le pouvoir de châtier ou de délier les âmes des défunts.

En ces temps de guerres et d'invasions, il prédit qu'au dépérissement de Rome, naguère capitale du monde, devait succéder la destruction du Mont Cassin par les Lombards (583). C'est peut-être en ayant en vue cette prophétie que, sur la fin de ses jours, il rédigea sa Règle, document admirable de discernement spirituel et d'une sobriété toute latine, qui devint la véritable charte des moines d'Occident. En se fondant sur les écrits des saints Pères : Pachôme, Basile et Cassien, et sur les institutions monastiques qu'il avait adoptées dans son propre monastère, il y expose les principes et les lois de fonctionnement d'un monastère cénobitique. Pour saint Benoît, le monastère est l'Église en résumé et « une école où l'on apprend le service du Seigneur »4, sous la conduite de l'Abbé et au moyen de la sainte obéissance aux commandements évangéliques. C'est là qu'en persévérant jusqu'à la mort et en prenant part, par la patience, à la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, que les moines pourront progresser de vertu en vertu afin d'atteindre son Royaume éternel. Si, dans les débuts, il leur faut faire violence à la nature rétive, dans la mesure où ils se libéreront de leur égoïsme leur « coeur se dilatera et ils pourront courir dans la voie des préceptes de Dieu avec une ineffable douceur d'amour »5.

Tout comme l'évêque dans l'église locale, l'Abbé tient dans le monastère « la place du Christ »6, et il doit rendre compte devant Dieu de l'obéissance de ses disciples, en mettant tout son soin à les instruire, certes par sa parole mais surtout par l'exemple de sa propre vie. Père spirituel plein d'amour, il doit aussi savoir tempérer sa douceur par une juste sévérité et, s'il a toute autorité dans le domaine spirituel, il doit agir avec conseil en ce qui concerne la vie matérielle de la communauté et doit répartir les responsabilités entre les différents « officiers ». Après avoir exposé les instruments des bonnes oeuvres, les vertus monastiques et les degrés de l'humilité qui nous fait accéder à la charité, c'est-à-dire l'union avec Dieu, saint Benoît définit comment doivent être célébrés les offices divins du jour et de la nuit, et précise qu'on doit s'y tenir, « en présence de Dieu et des anges » en psalmodiant de telle sorte que « notre esprit soit en accord avec notre voix »7. Il passe ensuite en revue tous les aspects de la vie communautaire, en relevant de manière infaillible tout ce qui pourrait être occasion de chute ou de négligence dans les devoirs sacrés des moines : les repas, le sommeil, les vêtements, les services ménagers, le travail manuel, les sorties du monastère, la réception des hôtes, et les rapports des frères entre eux et avec les étrangers. Rien n'échappe à sa sollicitude pastorale et en quelques mots il précise ce qu'il convient de faire pour que tout s'accomplisse dignement et dans l'ordre (2 Cor. 14:40). Finalement, après avoir humblement rappelé que cette Règle ne saurait être qu'une ébauche et le commencement de la vie spirituelle, il renvoie à l'enseignement des saints Pères ceux qui désirent se livrer à la contemplation pour atteindre la patrie céleste.

Quelque temps après le merveilleux et ultime entretien du saint avec sa sœur sainte Scholastique [10 fév.] et le décès de celle-ci, alors qu'il se tenait de nuit à sa fenêtre en prière, Benoît vit soudain une lumière fulgurante repousser les ténèbres et, au cœur de cette lumière, il contempla le monde entier comme ramassé sous un seul rayon de soleil. Élevé au-dessus du monde et hors de lui-même par son union au Créateur, il pouvait en effet contempler toute la création, tout ce qui est au-dessous de Dieu, dans la lumière divine qui jaillissait de son coeur. Ayant atteint les confins de la vie future, il vit alors, dans cette lumière, l'âme de Germain, l'évêque de Capoue, qui s'envolait vers le ciel (541). 

Saint Benoît appartenait dès lors plus au ciel qu'à la terre et, ayant annoncé le jour de sa mort, il ordonna qu'on ouvrît son tombeau, dans lequel avait été déposé quelque temps plus tôt le corps de sa soeur, puis il fut saisi d'une violente fièvre. Il se fit conduire à l'oratoire, reçut la sainte Communion et, se tenant debout, soutenu par des frères, il éleva les mains vers le ciel et rendit son dernier soupir en murmurant les paroles d'une ultime prière (entre 555 et 560). Le même jour, des frères virent un chemin jonché de riches tapis et illuminé d'innombrables torches s'élever de son monastère jusqu'au ciel, et un vénérable vieillard apparut au sommet pour leur révéler que c'était par là que le saint était passé pour rejoindre sa patrie céleste. 

Les miracles abondèrent par la suite auprès des reliques de saint Benoît. Mais après la destruction du monastère par les Lombards, celles-ci furent oubliées, jusqu’à ce que des moines du monastère de Fleury-sur-Loire viennent les prendre (673), pour les transférer dans leur monastère, qui prit le nom du saint (Saint-Benoît-sur-Loire) et où l'on peut encore les vénérer de nos jours.


1. Nous résumons le Livre II des Dialogues de S. GREGOIRE LE GRAND (SC 260), qui lui est entièrement consacré.

2. Mémoire le 5 octobre dans l'Église latine.

3. Règle de Saint-Benoît, 43, SC 182, 587.

4. Règle, Prologue, 45, SC 181, 423.

5. Ibidem, 49, SC 181, 425.

6. Idem, 2, SC 181, 441.

7. Idem, 19, SC 182, 537.



vendredi 3 janvier 2025

Vie de sainte Geneviève de Paris

Le livre contient une nouvelle traduction francaise et russe de la Vie de sainte Geneviève de Paris. Cette Vie ancienne a été composée par un membre du clergé, probablement un parisien, dix-huit ans après la mort de la sainte, c'est-à-dire autour de l'an 520.

La publication constitue le deuxième volume de la série de livres avec une édition parallèle des vies des anciens saints de l'Occident qui sont vénérés dans l’Église orthodoxe. Les nouvelles traductions sont préparées par les membres du groupe orthodoxe de travail sur les saints locaux. Le principe de l’édition bilingue vise à élargir le lectorat.

Le livre est accompagné d’une carte géographique des lieux mentionnés dans le texte et d’un glossaire des termes rares.

(Traduit du latin en français et en russe par Aline Derely et Sergey Kim. Collection "Saints bilingues", vol. 2.)


Actuellement pré-commande sur le site de l'éditeur eikon


 

mercredi 25 décembre 2024

Petite histoire de la France Orthodoxe

Un article du site Foi orthodoxe remarquablement intéressant, que nous soumettons à nos lecteurs:

Certains ont tendance en Occident à percevoir l’Orthodoxie comme une foi étrangère, grecque ou russe. Pourtant l’histoire de France commence avec l’Orthodoxie !

Saint Irénée de Lyon

En effet l’Église indivise qui s’étendait avant le grand schisme de 1054 partout en Orient comme en Occident est l’Église Orthodoxe. Dès les premiers siècles de l’Église et avant l’avènement du royaume des Francs, la Gaule était déjà un haut lieu de l’Orthodoxie. En son sein naquirent et furent glorifiés des Saints essentiels à notre foi, comme Saint Irénée de Lyon (23 Août), grand évangélisateur qui rappela à l’évêque de Rome les limites de sa juridiction lors de la controverse de Pâques, Saint Jean Cassien (29 Février), grand père de la tradition monacale et hésychaste, ou Saint Vincent de Lérins (24 Mai) qui codifia la méthode qui nous permet de déterminer la vraie foi jusqu’à ce jour.

L’acte de naissance de la France en tant qu’État est bel et bien le baptême de Clovis (496). Qu’en est-il de ce baptême ? La source la plus importante de cette période de l’histoire des francs est sans doute Saint Grégoire de Tours (17 Novembre), il décrit le baptême ainsi :

« Le nouveau Constantin s’avance vers le baptistère, pour s’y faire guérir de la vieille lèpre qui le souillait, et laver dans une eau nouvelle les tâches hideuses de sa vie passée. … Le roi, ayant donc reconnu la toute-puissance de Dieu dans la Trinité, fut baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et oint du saint chrême avec le signe de la croix »

 

Ce baptême se déroula donc selon l’ancienne tradition Orthodoxe dans un baptistère. Notre premier roi fut immergé (sens premier du mot baptême) par trois fois dans l’eau, et non par simple aspersion comme pratiqué par l’Église Romaine moderne pour baptiser les adultes. A noter que l’aspersion est une pratique acceptable selon la didache (premier texte de discipline chrétienne), par mesure d’économie, uniquement dans des situations ou l’immersion n’est pas possible :

« Quant au baptême, baptisez ainsi : après avoir proclamé tout ce qui précède, baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit dans de l’eau vive (courante).
Mais, si tu n’as pas d’eau vive, baptise dans une autre eau ; si tu ne peux pas (baptiser) dans l’eau froide, que ce soit dans l’eau chaude. Si tu n’as ni l’une ni l’autre (en quantité suffisante), verse trois fois de l’eau sur la tête au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. »

Le Baptême de Clovis, le rois des Francs

Il est aussi à noter que Clovis reçoit l’onction, c’est-à-dire la Chrismation, directement après son Baptême; les deux Sacrements sont prodigués selon la Tradition Orthodoxe lors d’une seule cérémonie, alors que de nos jours dans l’Eglise Romaine ces deux Sacrements sont séparés (parfois de plusieurs années) comme étant le Baptême et la Confirmation.
Clovis Ier est aussi selon Saint Grégoire de Tours comparé à Saint Constantin (21 Mai), grand Saint égal-aux-apôtres qui convertit l’empire romain de la même manière que Clovis converti son peuple Franc. Ce lien très fort marque l’union importante entre les rois Chrétiens et l’Église, unis par des alliances divines différentes mais imbriquées comme le furent le roi David (30 Décembre) et l’Israël biblique. Cette vision est encore présente dans l’Orthodoxie qui accepte parmi les Saints les empereurs et rois pieux qui ont porté la foi juste dans une symphonie avec l’Église. Cette position pourtant traditionnelle et biblique fut beaucoup critiquée par l’Église Romaine tardive qui créa sa propre théocratie dans laquelle l’évêque de Rome quitta son rôle purement spirituel, prit des pouvoirs politiques absolus et s’opposa au pouvoir politique d’autres rois. S’opposant ainsi frontalement à la parole du Christ, qui nous enseigne que le temporel et le spirituel ne peuvent faire un :

Alors il leur dit: Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. (Luc 20:25) 

Cette volonté de Clovis de devenir Chrétien fut pourtant chaudement reçue par les empereurs byzantins qui lui accordèrent à plusieurs reprises le titre hautement honorifique de consul romain. Clovis était en effet le premier des barbares à accepter la foi Orthodoxe de l’Eglise indivise, partagée par l’empire byzantin, plutôt que l’arianisme qui était très populaire parmi les tribus germaniques.

Concile d’Orléans (511)

Le grand Clovis fut Orthodoxe non seulement par son baptême et sa foi, mais aussi par l’ecclésiologie qu’il mit rapidement en place. En 511 Clovis convoqua le Concile d’Orléans, dont le 4ème canon stipule que quiconque veux devenir clerc doit se soumettre à l’approbation du roi. Ainsi le roi exerce un contrôle limité mais bien réel sur l’Église de son pays. Cette vision est totalement cohérente avec l’idée d’autocéphalie de l’Église Orthodoxe dans les divers États mais bien contraire à l’absolutisme papal tardif.

L’Orthodoxie française s’est vue par la suite malmenée par l’influence grandissante des Carolingiens sur l’Occident. D’abord la donation de Pépin (754) installa une théocratie à Rome dans l’espoir d’influencer l’Église. Les efforts de Pépin le bref furent suivis par ceux de son fils Charlemagne qui, s’opposant au pape Orthodoxe Léon III, réunit le Concile d’Aix-La-Chapelle qui tenta de modifier le crédo en incluant la mention de la double procession du Saint Esprit par le Père et le Fils: le Filioque. C’est aussi par l’hérésie des briseurs d’images que Charlemagne s’illustra: pour briguer le titre impérial byzantin il s’opposa au pape au sujet de la crise iconoclaste. Rome accepta le 7ème concile oecuménique mais, selon Théodulphe d’Orléans les francs le refusèrent.

La période carolingienne marque donc une crise dans l’orthodoxie occidentale et met en place des éléments qui causeront par la suite le grand schisme de 1054. Les idées étrangères à la sainte Tradition comme le pouvoir absolu du pape de Rome et l’existence du purgatoire, le Filioque commencent à s’insinuer de plus en plus dans l’imaginaire des chrétiens en Occident.

L’étude de l’histoire de la foi française à partir de cet événement ne concerne plus l’orthodoxie dans son sens théologique, en effet la France a, à partir de ce moment et peut être malgré elle, suivi le patriarcat romain dans l’hérésie. Cependant, concernant l’organisation politique de l’Église en France et du rapport puissant entre la foi, le roi et le peuple, cela nous montre que la France n’a jamais abandonné l’idée d’autocéphalie, purement Orthodoxe et condamnée par la suite par la papauté. L’autocéphalie : l’idée, selon laquelle toutes les Eglises locales formant toutes le Corps du Christ sont égales en pouvoir et peuvent exercer leur autorité dans les cadres de leur frontières canoniques bien définies durant les Conciles Œcuméniques.

On peut le voir dans le développement des rapports entre Rome et la France suite à la chute de l’Empire Carolingien. Renforcé politiquement par le schisme romain, le pape Grégoire VII commença à s’arroger le pouvoir de destituer les empereurs, notamment en forçant l’empereur germanique Henri IV  lors de la pénitence de Cannossa en 1077. La Francie occidentale qui deviendra la France fit quant à elle le choix de la centralisation grandissante et de l’unité autour du roi plutôt que du pape. Suivant la tradition établie par Clovis, le couronnement du roi est effectué par l’évêque de Reims qui est sujet du roi, ainsi la légitimité de nos rois ne fut pas donnée ou déniée au gré de l’humeur d’un pontife étranger mais bien glorifiée dans une reconnaissance de l’alliance entre le trône de France et de l’Église locale.

La période séparant le moyen-âge et la renaissance est une belle démonstration de la volonté française d’autocéphalie, et d’une foi s’opposant à l’hérésie du pouvoir papal absolu. 
Durant cette période 16 rois capétiens furent excommuniés ou frappés d’interdit, certaines fois le royaume lui même subissait l’interdit ecclésiastique: le pape refusait alors que tout office soit dispensé dans le pays tout entier, condamnant ainsi le peuple français à souffrir de péchés sans pouvoir les remettre et damnant des âmes au nom seul de son pouvoir politique.
Le fameux Saint Louis, pourtant saint dans l’Église romaine refusa d’offrir l’exil au pape.
Le roi Philippe le Bel s’opposa directement à la bulle pontificale unam sanctam qui déclare qu’« Il est de nécessité de salut de croire que toute créature humaine est soumise au pontife romain : nous le déclarons, l’énonçons et le définissons. » en envoyant Guillaume de Nogaret capturer et tenter de soumettre le pontife en 1303.
Le Roi Charles VI ne démérita pas non plus face au pontife et ses à prétentions: d’après le témoignage du cardinal d’Ailly devant l’assemblée du clergé français en 1406, le message du roi Charles VI au pape était conçu en termes très durs et très peu ménagés : « qu’il se révosquast (abdique) ou qu’il le ferait ardre (brûler) » (Du Chastenet, Nouvelle Histoire du Concile de Constance, Paris 1718)

La France n’était pas seule à s’opposer à la tyrannie du pape, le protestantisme et l’anglicanisme, bien qu’hérétiques du point de vue Orthodoxe, furent utilisés par les monarques allemands et anglais comme un moyen de défendre leur autonomie politique.
La méthode française consistant à affirmer la souveraineté de la nation et du roi est à cette époque le Gallicanisme: une doctrine religieuse qui définit le roi comme lieutenant de Dieu, là où le pontife n’est que son vicaire. Cette méthode s’oppose donc à la suprématie pontificale sans pour autant briser la communion avec l’évêque de Rome. 
Cette vision s’exprima tout particulièrement dans la figure de Louis XIV, le Roi Soleil.

Ce ne fut qu’en 1870 suite au concile de Vatican I que le gallicanisme fut officiellement condamné comme une hérésie.
Ce fut donc le pape Pie IX qui réalisa en un coup de plume le rêve le plus fou des révolutionnaires : décapiter rétroactivement tous les rois de France, détruire la légitimité du royaume millénaire et son histoire chrétienne; histoire Orthodoxe puis gallicane, maintenant hérétique….

abbée Wladimir Guettée

Le Concile et la crise gallicane qui l’a précédé créèrent un tollé dans le monde catholique, entraînant de nombreux fidèles et clercs vers le vieux-catholicisme, et certains autres vers la foi apostolique première : comme L’Abbé Wladimir Guéttée qui deviendra Orthodoxe.
La théologie du concile affirme également qu’une soumission absolue à de nombreuses déclarations pontificales est maintenant exigée des fidèles sous peine de perdre le salut :

« Les pasteurs de tout rang et de tout rite et les fidèles, chacun séparément ou tous ensemble, sont tenus au devoir de subordination hiérarchique et de vraie obéissance, non seulement dans les questions qui concernent la foi et les mœurs, mais aussi dans celles qui touchent à la discipline et au gouvernement de l’Église répandue dans le monde entier. […] Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont personne ne peut s’écarter sans danger pour sa foi et son salut. »

(Constitution Dogmatique Pastor Aeternus 1870 concile Vatican I)

Après des centaines d’années de confrontation entre le peuple français et les autorités pontificales durant lesquelles la foi et la ferveur furent les premières victimes, cette déclaration absolutiste et hostile hâta le gouvernement français à prononcer la séparation totale de l’Église et de l’État en 1905.

Qu’en est-il alors de l’expression consacrée « la France fille aînée de l’Église »?
Elle est en fait très tardive. Sa première utilisation date de 1836 par Frédéric Ozanam, un universitaire et activiste jugé par les historiens comme proto-socialiste et précurseur des mouvements catholiques laïcs. Il prend aussi position pour une Église dont les chefs seraient plus des pasteurs que des princes temporels. Tout ceci à l’époque où le pape cherche à affirmer sa légitimité souveraine sur les états pontificaux.
Il en est de même pour l’idole nationaliste qu’est Jeanne d’Arc. Condamnée par le clergé de Paris et laissée dans l’indifférence générale pendant des siècles, jusqu’à ce que les communistes de Maurice Thorez commencent à l’utiliser comme icône anti-cléricale et féministe. Sa canonisation ne fût déclarée qu’en 1920 pour satisfaire certaines branches réactionnaires et pour artificiellement pousser l’icône communiste vers une autre forme d’instrumentalisation.

De nos jours la papauté ne cherche plus à s’attaquer violemment aux nations comme dans le passé mais elle reste néanmoins leur ennemie en cherchant à les dissoudre par la promotion de la vision globaliste.

En synthèse, la France éternelle commence son histoire dans la plus pure Orthodoxie, et qu’elle fut malgré-elle poussée dans les erreurs du patriarcat romain tardif, son organisation reste tout de même marquée par l’Orthodoxie. Cette vision très française de l’indépendance de la nation dans la foi a toujours été embrassée, et glorifiée par la suite de son histoire lorsque des mouvements comme ceux de l’Abbée Guéttée, qui continuent jusque nos jours, ont embrassé la foi originelle. Elle fut malmenée puis abandonnée par Rome pour finir poussée dans l’athéisme et au plus loin du Christ.
Bien que l’Orthodoxie française contemporaine soit introduite en majorité par des diasporas, elle a une réelle légitimité réelle sur ce territoire qui fût consacré par le baptême Orthodoxe de Clovis.
Il est du devoir des Orthodoxes français de faire revivre le culte des saints locaux et oubliés ainsi que d’aider nos frères orientaux comme occidentaux à se rapprocher de notre spiritualité ancestrale.
Enfin la survie d’une France Chrétienne passe par l’Orthodoxie, par une Chrétienté forte et traditionnelle, indépendante des flux et des reflux de l’étranger grâce à une autocéphalie nationale en communion avec l’Orthodoxie mondiale.

Saint patrons Orthodoxe de France : Saint Michel, Saint Denis, Sainte Geneviève, Saint Rémi, Sainte Clotilde, Sainte Odile. Priez pour vos enfants et pour l’avenir de notre pays. 

Seigneur Jésus Christ aie pitié de nous, pécheurs.

Source : Foi orthodoxe

vendredi 13 décembre 2024

Mémoire de notre vénérable mère Odile de Hohenbourg

 


Le 13 Décembre, Mémoire de notre vénérable mère Odile de Hohenbourg en Alsace.

    Au temps du roi d'Austrasie Childéric II (650-675), le duc Adalric (Etih), fils de l'intendant du souverain, voulut fonder un monastère à la gloire de Dieu. Des chasseurs lui recommandèrent un site situé sur une hauteur, qui avait été jadis fortifié. Il y fit bâtir une église et se préparait à y installer des moines, quand son épouse, Persinde, qui était parente de saint Léger [2 oct.], donna naissance à une fille aveugle. Le duc en fut bouleversé et, malgré sa piété, donna l'ordre de faire disparaître l'enfant. Mais Persinde la confia à une servante qui avait été congédiée et qui prit soin de l'enfant pendant un an. Elle la conduisit ensuite au monastère de Balme (auj. Baume-les-dames), dont la supérieur était la tante de Persinde. Sur un signe de Dieu, l'évêque iralandais Erhard d'Ardagh, alors itinérant en Bavière, vint la baptiser sous le nom d'Odile (ou Ottilia, ce qui signife "lumière de Dieu".). Lorsqu'elle remonta des eaux baptismales pour être chrismée, l'enfant recouvra la vue et regarda l'évêque de ses yeux clairs.

    Odile grandit parmi les moniales et progressa dans toutes les vertus évangéliques, à tel point qu'elle suscita la jalousie de certaines sœurs. Elle fit alors appel à son frère qui, malgré l'interdiction d'Adalric, envoya un char pour la reprendre et l'amener à Hohenbourg (auj. Mont saint-Odile). En la voyant arriver, le duc, saisi de fureur, frappa de son bâton son fils qui en mourut peu après. Réalisant sa faute, le père meurtrier se retira au monastère qu'il avait fondé, pour y passer le reste de ses jours dans les larmes de repentir. Il confia Odile à une moniale d'origine britannique, en lui assurant un minimum pour subsister dans l'enceinte du monastère, où elle servait comme une domestique.

    Quelque temps après la mort de sa gouvernante, Adalric rencontra Odile qui allait porter discrètement un peu de farine à des pauvres. Emu, il en abandonna son animosité à son égard, et lui légua toutes les ressources du monastères, en lui demandant de lui pardonner le péché qu'il avait commis à son égard. Il mourut peu de temps après, et sainte Odile obtint, à force de jeûne et de prières, qu'il soit délivré des peines de l'enfer. Par la suite, la sainte devint la supérieure du monastère, où vivaient près de cent trente moniales. Comme ce monastère était difficile d'accès pour les pèlerins et les malades qui venaient solliciter des prières, Odile en fit bâtir un second avec une église dédiée à saint Martin et un hospice pour les pauvres. Puis, à la suite d'une révélation de saint Jean-Baptiste, elle fit construire une autre église en son honneur.

    Après avoir lutté pendant de longues années pour l'édification de son troupeau spirituel, ayant appris que l'heure de sa délivrance approchait, sainte Odile rassembla ses disciples dans la chapelle du Précurseur pour leur délivrer ses dernières instructions, puis elle les envoya célébrer l'office divin dans l'église de la Mère de Dieu. Lorsqu'elles revinrent, leur mère en Christ avait expiré avant de recevoir le saint viatique, aussi prièrent elles instamment, et la sainte reprit vie pour communier au Corps et au Sang vivifiants du Seigneur. Elle s'endormit aussitôt après et fut inhumée dans la chapelle du Précurseur. Par la suite, le culte de sainte Odile se répandit très largement en Europe, principalement en Alsace, où les pèlerins continuent d'affluer au Mont Saint-Odile.

Source: Le Synaxaire, Vie des saints de l'Eglise orthodoxe

Par les prières de sainte Odile, Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous.

samedi 30 novembre 2024

À la découverte des reliques des saints orthodoxes de France - Une aventure chrétienne


A la découverte des reliques des Saints orthodoxes de France - Une aventure chrétienne

La vénération des reliques semblait s'être éteinte en Occident, la voilà qui renaît. Pouvait-il en être autrement? Comme tout pays chrétien, la France s'est construite sur les reliques qu'elle possédait.

La France, malgré les vicissitudes, regorge de reliques. Une multitude de saints l'ont peuplée et nourrie durant le premier millénaire, celui de l'Église indivise, lorsque les chrétiens n'étaient pas séparés entre Orient et Occident.

A peine frémissants dans les années 90 du XX° siècle, les pèlerinages des chrétiens orthodoxes sur les reliques des saints et des lieux saints de France se multiplient depuis le début du XXI° siècle. L'intérêt augmente chez les Catholiques, les ostensions attirent des foules.

Quand les Orthodoxes découvrent et vénèrent les saints des Gaules des premiers siècles, ce sont des blessures par-delà l'histoire qui se referment dans une prière commune.

Nous présentons ici le premier guide écrit en français des reliques des saints «orthodoxes» en France. Pour chaque entrée, un bref rappel de la vie du saint, du contexte historique et de l'histoire de sa relique est exposé.


Introduction

UNE AVENTURE CHRÉTIENNE

À chaque jour du calendrier chrétien correspond la fête de saints particuliers. Réciproquement, chaque saint glorifié a son, ou ses, jours de fête. Ces saints, par leur vie exemplaire et le récit des miracles accomplis de leur vivant et après leur mort, exaltent notre foi. Lorsque nous les fêtons ou que nous les prions, ils portent nos prières jusqu'au Père.

Saint Justin Popovitch dans son ouvrage Philosophie orthodoxe de la Vérité, dogmatique de l'église orthodoxe, tome V, consacre plusieurs chapitres à ce qui définit un être reconnu comme saint par l'église. Il écrit:

«La Sainteté des saints, tant celle de leurs âmes que celle de leurs corps, vient du zèle qu'ils ont mis à mener leur vie dans la grâce et dans les vertus dans le corps divino-humain de l'Eglise du Christ».

Certains édifices religieux gardent encore précieusement le corps entier, un élément de ce corps, un vêtement ou un objet ayant appartenu à un saint. Ce sont des reliques.

Le père Justin dit à propos des saintes reliques:

«...Lorsqu'elle vénère pieusement les reliques des saints, l'Eglise les vénère bien comme des temples du Saint-Esprit, des temples du Dieu vivant dans lesquels Dieu vit par la grâce, même après la mort corporelle des Saints ... ».

L'importance accordée aux reliques a un fondement extrêmement ancien dont la réalité plonge dans la tradition vétérotestamentaire. Il suffit pour s'en persuader de relire la fin de la vie de Jacob et de Joseph qui clôt le livre de la Genèse (Gn 49, 29-33; 50, 25) et aussi ce qui advint par les ossements du prophète Élisée (2 R 13, 20-21).

Ces reliques, dont la partie contient l'ensemble, sont pour les fidèles un appel à la ferveur. Comme l'énonce le père Placide Deseille dans sa préface aux Lettres pastorales de St Nectaire d'Égine:

«Ainsi que l'écrivait au Ve siècle l'évêque de Rouen, saint Victrice, et comme l'ont expérimenté au long des siècles d'innombrables croyants, un petit fragment de son corps ou même d'un linge qu'il a touché rend présent un saint tout entier, avec sa puissance d'exemple et d'intercession ».

Saint Jean Damascène (début du VIII° siècle) compare les reliques à «des temples de Dieu remplis de l'Esprit» car, comme dans les églises, l'Esprit Saint demeure en permanence en elles.

Les reliques sont à l'origine de la fondation de toute église, petite chapelle ou immense basilique. Durant les premiers siècles, beaucoup d'églises étaient construites sur l'emplacement des sépultures des martyrs. Au VIIIe siècle, lors du 7° Concile Ecuménique, la règle est définitivement instituée que tout autel devra obligatoirement être fondé sur de réelles reliques.

La vénération des reliques fut à l'origine de grands rassemblements et de pèlerinages dès les premiers temps chrétiens. Dès le haut Moyen-Âge, posséder des reliques importantes était l'assurance d'obtenir un flux important de pèlerins. Pour les protéger et les mettre en valeur, l'artiste façonna de splendides reliquaires ou participa à la construction de fastueuses cathédrales. Chaque relique possède son histoire. Comme le répétait volontiers le père Nicolas Nikichine, le miracle le plus indubitable des reliques est la beauté et la magnificence des édifices et parfois des villes entières qu'elles ont développés par leur présence.

Les reliques ont voyagé, elles ont été offertes, vendues, achetées, échangées, volées, cachées, mais aussi dispersées, falsifiées, brûlées ou profanées.

La France détient depuis le début de son évangélisation une multitude de reliques. Certaines sont encore vénérées, d'autres ont été oubliées, beaucoup ont disparu, détruites principalement au moment des guerres de religion par les protestants et, plus tard, par les révolutionnaires et les communards. Cet acharnement contre les reliques est un témoignage supplémentaire de leur importance. Elles ne laissent pas indifférent.

Dans les pays orthodoxes, les processions avec des reliques, l'exposition des reliques, transporter des reliques pour les faire vénérer aux fidèles ou faire des kilomètres pour un fidèle pour les vénérer sont tout à fait habituels. Processions et ostensions en pays catholiques perdurent à certains endroits, y compris en France malgré l'interdiction des processions promulguée sous la III° République.

La date de la mort d'un saint est le plus souvent choisie pour déterminer la date où il sera fêté. Cependant, des événements en lien avec les reliques des grands saints sont aussi commémorés, ce qui fait qu'un saint peut être fêté à plusieurs dates. Par exemple saint Nicolas, évêque de Myre en Lycie, est fêté le 6 décembre mais aussi le 9 mai, jour de la translation de ses reliques à Bari. Le Prophète et Précurseur Jean le Baptiste est fêté le 24 juin, jour de sa naissance, mais aussi le jour de sa décollation, le 29 août, ou pour l'invention de son Chef, le 24 février, et à d'autres dates encore.

Le Grand schisme de 1054 sépara malheureusement les chrétiens d'Occident et d'Orient. Depuis, les saints ne sont plus tous reconnus de part et d'autre. Mais avant cette date, ils sont communs. La présence en France d'un grand nombre de reliques de saints d'avant le schisme nous rappelle les liens très étroits et anciens tissés entre les chrétiens d'Orient et d'Occident que ces reliques unissaient, par-delà les distances géographiques, dans une même foi. Il en est ainsi de saint Clément, évêque de Rome mort en 101, dont la vie et l'histoire des reliques nous transportent d'Occident en Orient et d'Orient en Occident.

Malgré la présence en France de fidèles orthodoxes en nombre significatif depuis le milieu du XIX° siècle, l'intérêt de ceux-ci pour les reliques ne semble pas s'être manifesté pendant environ un siècle. Les pèlerinages d'orthodoxes sur les reliques en France apparaissent dans les années 9O du XX° siècle. Des opuscules, bien faits mais restreints à quelques lieux emblématiques, furent édités depuis les années 2000 en langue russe à l'usage du pèlerin russe en France et en langue géorgienne pour le pèlerin géorgien.

Nous abordons de notre côté l'étude de la présence en France des reliques des saints orthodoxes, c'est-à-dire: soit des saints reconnus dans le calendrier orthodoxe, soit des saints non reconnus dans le calendrier orthodoxe mais qui, datant du premier millénaire pourraient être reconnus. De grands saints occidentaux ne figurent dans les calendriers orthodoxes par méconnaissance. Mais l'Église n'étant pas un organisme figé, ils peuvent y entrer. Par exemple, l'Église russe inclut récemment clans son calendrier saint Patrick apôtre de l'Irlande, sainte Odile, saint Vincent de Lérins et d'autres. Un travail important de l'autre côté des Pyrénées s'effectue ces dernières années pour faire connaître en Russie les saints de la péninsule ibérique.

Dans notre étude nous nous sommes limités aux saints et aux lieux les plus connus. La France malgré toutes les vicissitudes regorge de reliques. Il était hors de question d'envisager d'être exhaustif. Nous nous bornons à un premier pas modeste sur le chemin de la connaissance des reliques de France. Lorsque nous avons débuté ce travail, celui-ci progressait lentement car il était ardu de trouver les informations qui restaient comme confidentielles. Les années passant, les données devenaient plus accessibles, davantage publiques, ce qui nous a permis de constater le regain de l'intérêt général pour les reliques.

S'imprégner de la vie des saints et partir à la découverte de leurs reliques est une véritable aventure chrétienne. Nous nous proposons de vous en offrir un avant-goût à travers ces notes. Chaque mois, à l'occasion de la fête d'un saint, nous rappelons brièvement les grands traits de sa vie, l'histoire de ses reliques et l'endroit où le pèlerin d'aujourd'hui peut les vénérer. Nous suivons le calendrier de l'année liturgique qui commence en septembre.


Pour acquérir ce bel ouvrage : Librairie-monastère

Pour en savoir plus sur ce livre :





lundi 11 novembre 2024

« Sulpice Sévère. La vie de saint Martin de Tours » – édition bilingue

une nouvelle traduction de la vie de saint Martin de Tours 

Ce livre bilingue contient une nouvelle traduction française et russe de la Vie de saint Martin de Tours par Sulpice Sévère.

Cette publication inaugure une série de livres avec une édition parallèle des vies des anciens saints qui ont vécu en Occident et qui sont vénérés dans l’Église orthodoxe. Les nouvelles traductions sont préparées par les membres du groupe orthodoxe de travail sur les saints locaux, qui réunit des clercs et des laïcs orthodoxes, des universitaires et des écrivains désireux de rendre les hagiographies anciennes accessibles au lecteur moderne. Le principe de l’édition bilingue vise à élargir le lectorat.

Le livre est accompagné d’une carte géographique des lieux mentionnés dans le texte et d’un glossaire des termes rares.

(Traduit du latin en français et en russe par Sergey Kim. Collection “Saints bilingues”, vol. 1.)

Le volume est sous presse, disponible en précommande promotionnelle jusqu’au 01-06-2024 (date prévisionnelle de parution).

Pour demander une remise “En gros, 40%” (à partir de 20 exemplaires), rendez-vous sur la page Contact.

Source: Orthodoxie.com

mercredi 16 octobre 2024

Basilique paléochrétienne de Saint-Bertrand-de-Comminges

 La basilique paléo-chrétienne de Saint-Bertrand-de-Comminges, ou basilique de Lugdunum Convenarum est un ancien édifice chrétien situé à Saint-Bertrand-de-Comminges dans le département de la Haute-Garonne en région Occitanie.

L'édifice est situé aux pieds de l'actuelle cité de Saint-Bertrand-de-Comminges sur le site de la ville antique de Lugdunum Convenarum.

L'actuel village de Comminges surplombant la ville antique


Histoire

La basilique est une des plus anciennes églises chrétiennes de la Gaule méridionale. Construite au Ve siècle aux pieds de Lugdunum Convenarum alors que la ville s’entoure de remparts, elle confirme l’existence d’une communauté chrétienne dont les origines remonteraient à la fin du IIIe siècle2. Les inhumations sont continues sur le site où la chapelle romane de Saint-Julien et son cimetière succèdent directement à la basilique antique.

Les ruines antiques de la cité, propriété de la Société archéologique du Midi de la France, sont classées par arrêté du 24 juin 1946 dont la parcelle 548 concernant le site archéologique de la basilique romaine3. Depuis 1998, celle-ci est inscrite au patrimoine mondial de l'humanité au titre des « chemins de Compostelle en France ».

L'ensemble mesure hors œuvre 45 mètres de long sur 13,60 de large. Il comprend une longue nef rectangulaire orientée nord-ouest/sud-est de 20 mètres prolongée par une abside à fond plat et sur son flanc nord on relève les traces de trois annexes de 5 à 6 mètres de long sur 3 à 6 de large. Le sol était formé d'un dallage de marbre blanc sur une couche de mortier. L’état des ruines ne permet d’en évaluer ni l'élévation, ni la disposition des ouvertures et des fenêtres.

Mobilier et ornementation

28 sarcophages datés du Ve siècle au VIIe siècle et se rattachant au groupe des sarcophages aquitains ont été retrouvés dans les fondations. En marbre pyrénéen, ce sont des auges trapézoïdales munis de couvercles à quatre pans inclinés. L'un d'entre eux présente sur son couvercle un chrisme inscrit dans un double cercle avec un texte que l'on traduit : Christ, donne à ta servante Émilienne le repos et la vie éternelle. Des pièces de monnaie datées de 306 à 383 ont également été retrouvées lors des fouilles.

On a identifié aussi des traces de fresque à fonds rouges encadrés de bandes bleues traversées de raies blanches ou jaune d'or et d'enroulements de fleurs ou de feuillages peints en blanc. Des fragments de baguettes et de moulures en stuc recouverts d'un enduit blanc proviendraient de faux pilastres contribuant à la monumentalité du décor.


Plusieurs autres édifice moins anciens mais intéressant se trouve à proximité:

- La basilique st Just de Valcabrère

- La chapelle st-Julien


Source: Wikipedia