Nous informons nos lecteurs que Tudor Pectcu, qui collabore à ce blog en publiant des interviews de français convertis à l'Orthodoxie vient de publier en Roumanie son ouvrage "Redescoperirea moștenirii ortodoxe a Occidentului. Interviuri - Mărturii - Revelații" (Redécouvrir le patrimoine orthodoxe de l'Occident. Interviews - Témoignages - Révélations) aux éditions Agathon.
Lequel rassemble, entre autre, une partie des entrevues publiées ici même.
Vous pouvez les retrouver en suivant le libellé Interview.
Nous souhaitons à l'auteur que son livre suscite l'intérêt qu'il mérite.
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dimanche 22 octobre 2017
dimanche 28 mai 2017
Interview avec Maxime Martinez
Entrevue avec Maxime Martinez par Tudor Petcu :
(Veuillez excusez quelques erreurs de mise en page suite à un changement de format)
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dimanche 7 mai 2017
dimanche 5 mars 2017
lundi 20 février 2017
Interview du père Michel Quenot
réalisé par M. Tudor Petcu le 16 Novembre 2016.
1.) Tout d'abord, je vous serais très reconnaissant si vous pouviez nous faire savoir la raison pour laquelle vous avez choisi la conversion a l'Orthodoxie et comment l'Orthodoxie a-t-elle change votre vie et votre conscience.
Après une enfance paisible, je me souviens qu’à 13 ans, la personne du Christ me fascine. Dès l’âge de 16-17 ans, la question des images religieuses me préoccupe et gagne en acuité jusqu’à mes 19 ans où je séjourne deux ans en Italie. Les images religieuses côtoyées me provoquent avec cette question lancinante face à de nombreuses représentations naturalistes du Christ, de la Mère de Dieu, des Anges et des saints : ces images reflètent un monde étranger à la réalité ; il y a certes un effort et une tentative de dire l’indicible mais on reste trop dans l’émotionnel et une approche purement artistique. La fréquentation ultérieure des pinacothèques confirme ce malaise. Durant ce séjour, je suis un jour invité dans un chœur de circonstance dont la tâche sera de chanter la Divine liturgie orthodoxe lors d’un grand rassemblement. Ce premier contact avec le chant slavon, un long entraînement, puis la première Liturgie m’enthousiasment. Je comprends de l’intérieur que je me trouve face à quelque chose de fort qui me dépasse.
Et puis, je découvre l’icône, encore timidement présente dans le milieu des années soixante. Peu de temps avant Pâques, je tiens en mains une belle icône russe de la Descente aux Enfers qui me remplit de joie. Pour la première fois de ma vie, je soulève du bout du doigt le voile qui recouvre ce grand mystère, cœur de la foi des chrétiens. Cette image peinte dans la grande tradition me donne à comprendre ce que de nombreux livres sur le sujet n’auraient pu accomplir. La décision s’en suit de scruter l’iconographie orthodoxe. Quelle joyeuse surprise de puiser bientôt à pleines mains dans le trésor de cette Église qui comble généreusement ma soif d’eau vive.
Quand on découvre une perle précieuse, le désir surgit d’en parler à ses amis. Ils m’écoutent avec attention, certains avec étonnement et des proches m’invitent à mettre ces paroles par écrit. J’hésite dans un premier temps par manque d’intérêt pour l’écriture. Puis l’invitation à donner un exposé sur l’icône dans un monastère catholique me provoque. Après quelques hésitations j’accepte, à condition de ne pas parler une soirée mais trois, par crainte d’effleurer le sujet sans profit réciproque, ce qui m’est accordé avec reconnaissance. Je me plonge ainsi durant un mois dans la préparation de ces exposés qui me font amorcer, à mon insu, le travail de recherche des décennies à venir. Les trois soirées avec projection de quelques icônes illustrant mon propos deviennent un moment de grâce et de ferveur extraordinaire.
Un ami moine écrivain qui a lu mon texte me pousse à le publier. Je résiste une fois encore, puis je me remets au travail et complète le propos. Entre-temps, j’ai fréquenté de plus près l’Église orthodoxe et participé à maintes reprises à la Divine liturgie. Un prêtre orthodoxe me dit que le temps est venu de faire le passage mais je ne veux rien précipiter. En provenance du monde catholique où j’ai eu la chance, dès ma jeunesse, de côtoyer des personnes remarquables qui m’ont beaucoup donné, je ne m’en éloigne pas avec dédain mais mu par le seul désir de retrouver la source oubliée. J’entre ainsi dans l’Église orthodoxe, conscient qu’il me reste à tout apprendre et à assimiler, mais le passage se fait sans soubresauts, dans une paix profonde.
À l’époque, je fréquente régulièrement avec mon épouse Élisabeth (devenue plus tard une bonne iconographe) le monastère de Saint Jean-Baptiste du Staretz Sophrony en Essex. À sa demande expresse, je poursuis mon travail d’écriture après mon premier ouvrage dont le succès inattendu me fait craindre le pire pour ma vie spirituelle et m’incite à ne plus toucher la plume. Fort de son soutien et de sa bénédiction, puis de celle de son disciple feu l’archimandrite Syméon, j’ai poursuivi cette diaconie jusqu’à ce jour.
Parler des changements dans ma vie dès ce moment me paraît présomptueux. Je saisis en revanche que l’image du Christ, son icône, s’est gravée en moi au fer rouge. La timidité et le manque d’aisance occasionnel à en parler ont fait place à une assurance dont j’ai été le premier surpris. On ne naît pas orthodoxe, on le devient, de sorte que cette étape jalonne ma vie où le vieil homme n’en finit pas de mourir et de renaître.
2.) Quelle serait la beauté spirituelle que vous avez découvert dans l'Orthodoxie, comment caractériseriez-vous le trésor de l'Orthodoxie?
Dans la dernière prière devant l’icône du Christ à la fin de la Divine liturgie, le prêtre dit : « Sanctifie ceux qui aiment la beauté de ta maison et glorifie-les en retour par ta grâce ». L’église, Maison de Dieu, est un lieu théophanique. La beauté spirituelle par excellence, c’est le Christ, sa Mère, les Puissances angéliques et les saints de tous les temps. Lieu de la rencontre, l’église est le pont et l’échelle sainte entre le ciel et la terre, le visible et l’invisible. La beauté spirituelle qui est harmonie et paix se reflète dans l’hymnographie et l’iconographie orthodoxe ancrée dans la tradition épurée de ses scories au fil des siècles. Mais attention, les images décadentes qui s’accommodent des critères du monde par des concessions au naturalisme qui gomme toute dimension ascétique et transfiguratrice ne sont plus des icônes et des fresques orthodoxes mais des images religieuses vidées de leur dimension ontologique. Il en va de même pour la musique apparentée aux sonorités mondaines qui flattent les sens et bercent sans rester au service de la parole prioritaire.
Le trésor de l’Orthodoxie, c’est l’Esprit Saint qui anime l’Église et fait de chaque vrai disciple son temple vivant. C’est Lui qui inspire, transforme, accomplit, purifie et donne la vie en surabondance.
L’Orthodoxie connait la vraie grandeur de l’homme à la suite d’Isaac le Syrien qui questionne : « Quel est l’homme le plus grand ? » Et sa réponse déconcertante pour les néophytes : « Celui qui voit son péché ! » Reconnaître sa faiblesse, ses ombres et ses chutes n’est possible qu’en s’approchant de la lumière divine qui les révèle. Celui qui vit dans les ténèbres que sont l’éloignement de Dieu n’a pas conscience de son état et se révèle un nain, même s’il occupe les plus hautes sphères de la société.
La beauté spirituelle se retrouve encore dans les trois piliers de l’ascension spirituelle que sont la purification, l’illumination et la sanctification ou déification. Quelle vocation que celle de l’homme : « Vous serez saints, parce que moi, votre Dieu, je suis saint » (Lévitique 11, 45 et 1 Pierre 1, 16). Appel repris sous une autre forme par les Pères qui déclarent : « Dieu s’est revêtu de chair afin que l’homme se revête de l’Esprit » ou encore « Dieu s’est fait homme afin que l’homme devienne dieu ». Qui dit mieux ?
Et comment ne pas mentionner le monachisme, ce fleuron de l’Orthodoxie et gardien de la foi à travers les siècles ! Sans lui, la vie de l’Église dépérit, la foi s’effrite et la piété se refroidit. Athlètes de Dieu, les moines et les moniales ont fourni les plus grands talents : iconographes, hymnographes et mélodes, liturgistes, etc., autant de domaines où s’exprime la vraie théologie inséparable de la vie d’union au Dieu trinitaire. Grâce aux monastères, la foi s’est enracinée et des milliers de gens ont progressé spirituellement sous la conduite de pères spirituels. L’hésychasme (amour du silence) qui s’y pratique tranche avec la civilisation du bruit visuel et phonique d’aujourd’hui.
Et tout dans l’Orthodoxie parle de transfiguration. Transfiguration du Christ sur le Mont Thabor qui se révèle brièvement sous sa vraie nature humano-divine dans un flot de lumière. Transfiguration des saints Dons dans l’Eucharistie, transfiguration de l’homme par l’action de l’Esprit Saint et transfiguration de la terre promue à devenir une terre nouvelle.
3.) S'il vous plait aussi de nous expliquer quel est pour vous le plus important message de l'Orthodoxie mais aussi la plus importante prière orthodoxe.
Dans un monde rongé par le doute et s’efforçant par tous les moyens d’occulter la mort et d’en repousser les limites, le message de la Résurrection du Christ et de la résurrection des corps revêt une importance particulière. Le fait qu’environ 85 % des citoyens d’un pays comme la Suisse choisissent maintenant l’incinération après une longue tradition d’ensevelissement en dit long. Pourquoi la plupart des confessions chrétiennes se taisent ? N’est-ce pas une pratique nihiliste et païenne ? Quel contraste avec l’acclamation pascale inlassablement reprise : « Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort il a terrassé la mort ! »
Face à la résurgence des vieilles hérésies sur la nature du Christ, l’Église orthodoxe clame haut et fort sa divino-humanité. L’icône constitue à ce niveau le plus beau et le plus fort témoignage de l’Incarnation du Dieu-homme, Face visible du Dieu invisible. Quelle distance avec le Dieu des philosophes, Dieu distant et abstrait recherché dans une démarche rationnelle ! Le Dieu trinitaire frappe en revanche à la porte du cœur humain afin d’y établir sa demeure. Dans ce sens, le chrétien est celui qui a une expérience vivante de Dieu à travers une relation de personne à Personne.
Dans la vie quotidienne, l’amour occupe le sommet des vertus, dernier échelon de l’échelle sainte conduisant au Royaume. Mais l’amour postule l’humilité, socle indispensable à tout progrès spirituel authentique.
Encore enfant, Virgil Gheorghiu se désolait à la pensée qu’il ne serait jamais un saint parce que son père prêtre lui avait enseigné comme prioritaire le pardon des ennemis. Son constat qu’il n’avait pas d’ennemis à qui pardonner lui semblait ainsi un échec vers cet idéal. Le pardon est en effet au cœur de la spiritualité orthodoxe et le saint évêque Nicolas Vélimirovitch l’exprime à sa façon dans Prières sur le lac : « Je ne sais pas qui de mes amis et de mes ennemis, je dois aimer davantage. Mes ennemis me poussent davantage dans Tes bras que les amis. Mes amis me lient à la terre, mes ennemis me délient de la terre et détruisent tous mes espoirs en ce monde. »
Finalement, le plus important message est celui donné par l’homme lui-même à travers sa vie selon l’enseignement de saint Séraphim de Sarov : « Acquiers l’Esprit saint et beaucoup autour de toi seront sauvés. » L’Orthodoxie, c’est la vie, la vie en Christ s’entend ! Et comme toute distorsion de la foi perturbe la vie spirituelle, la foi juste offre une garantie sur le chemin du salut.
À part la prière du Notre Père que le Seigneur nous a Lui-même laissée et enseignée, la prière du Nom : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de nous (ou : de moi pécheur) » revêt une très grande importance. Simple et précise, elle peut se réciter partout. Elle nous garde dans la mémoire de Dieu et se révèle une arme puissante contre les démons. J’aime aussi beaucoup la prière à l’Esprit saint qui véhicule une grande dynamique : « Roi du Ciel, Consolateur, Esprit de Vérité, Toi qui es partout présent et qui emplis tout, Trésor des biens et Donateur de vie, viens et demeure en nous, purifie-nous de toute souillure et sauve nos âmes, ô Toi qui es bonté ! »
4.) Il y a en Occident de nos jours beaucoup de représentants de l'Orthodoxie dont les noms sont bien connus dans les pays orthodoxes, comme par exemple, le père Placide Deseille, le père Gabriel Bunge, Jean-Claude Larchet, etc. Comment l'orthodoxie peut-elle être redécouverte en Occident a vos yeux?
La distinction entre Orient et Occident me semble surannée. Le monde entier n’est-il pas devenu un grand Occident ? En effet, si l’Occident doit indéniablement se ré-orienter, l’Orient traditionnel s’avère dés-orienté. Il en découle que les pays de tradition orthodoxe endossent une lourde responsabilité dans l’image renvoyée aux pays d’autres confessions chrétiennes. J’ai personnellement une grande dette envers l’émigration russe en France, avec notamment des personnes comme Paul Evdokimov, Wladimir Lossky, Georges Florowsky, Serge Boulkakov (même si je ne partage pas ses idées sur la Sofia), Alexandre Schmemann, les iconographes Léonid Ouspensky et Georges Morosov, et tant d’autres. Leur témoignage puissant à travers leurs écrits et leur vie a guidé incontestablement de nombreuses personnes hétérodoxes en recherche vers l’Orthodoxie.
Si l’icône a été un chemin royal dans cette découverte jusqu’à récemment, un changement de paradigme dans nos sociétés, changement provoqué par l’intrusion massive des visibilités par des moyens techniques sophistiqués, parasite et déjoue plus ou moins ce message. L’homme est tellement saturé par le visuel qu’il ne sait souvent plus regarder et distinguer l’image authentique qu’est l’icône d’une simple imagerie. À ce niveau, l’icône peut exercer un rôle curatif dans la redécouverte de l’image révélatrice de l’invisible et de Celui qui est Parole.
Dans un monde marqué du sceau de la vitesse (Isaac le Syrien l’attribue aux démons) et d’un progrès illusoire, la tradition orthodoxe met l’accent sur la patience et la fidélité dans la durée. Sur le plan ontologique, l’homme est le même hier et aujourd’hui avec ses passions, autant d’énergies éparses et marquées par la Chute qu’il s’agit de réorienter dans la quête du Royaume. Au culte du présent, la vision du monde orthodoxe oppose l’ancrage dans la tradition, non pas une tradition figée, mais tendue vers un dépassement créatif dans l’attente du retour glorieux du Christ. Voilà pourquoi la Divine liturgie orthodoxe qui n’a pas changé au fil des siècles garde toute sa fraicheur et véhicule une dynamique incomparable.
À ceux qui cherchent et qui frappent, je réponds à la suite de mon divin Maître : « Venez et voyez ! » Trop de chrétiens contemporains n’ont jamais fait l’expérience du Christ dans leur vie et cette expérience incontournable conduit à la conversion qui est retournement de tout l’être. Dieu est au-delà de la réalité telle que nous la connaissons, au-delà de l’espace et du temps. Perfection de l’amour, il a aimé les hommes jusqu’au don de son Fils incarné en la personne de Jésus qui a terrassé la mort du péché par sa propre mort sur la Croix.
Esseulés dans un monde égocentrique et froid, les hommes sont conviés à communier au mystère de la filiation divine. Se sentir aimé de Dieu conduit à aimer les autres. Nous sommes en effet les enfants de Dieu, bénéficiaires d’un amour illimité et éternel. Mais notre liberté, preuve de cet amour qui rend libre de choisir, nous place devant un choix redoutable. Et la relation aux autres change dès qu’ils sont perçus comme des personnes à l’image de Dieu, image peut-être recouverte de boue et illisible, mais image qui à l’exemple d’une pièce de monnaie encrassée retrouve sa brillance lorsque nettoyée et purifiée.
L’Occident, selon l’ancienne terminologie, véhicule un passé orthodoxe qui s’étend sur près d’un millénaire. La plupart des gens l’ignorent et il est urgent de le leur rappeler ainsi que les circonstances qui ont conduit à l’éloignement, puis à la séparation. Que reste-t-il de commun et qu’est-ce qui a été perdu ? La redécouverte de l’Orthodoxie ne peut se faire que dans un dialogue de vérité à l’écart de toute démarche politique ou béatement consensuelle. Et puisqu’il est question de la foi, cette démarche implique une grande fidélité aux acquis de la tradition sans compromis théologique qui viderait tout rapprochement de son contenu spirituel.
Le témoignage des pays de tradition orthodoxe s’avère ainsi plus que jamais crucial. Que la nation s’efface devant le message chrétien plutôt que de l’enfermer dans une nouvelle forme de nationalisme comme la tentation s’en manifeste aujourd’hui. L’église locale, ouverte à tous, doit pouvoir s’épanouir sans entraves, sans tentative d’en faire un ghetto national. L’inculturation, indispensable, prend du temps, mais il faut la promouvoir. Les vrais chercheurs de Dieu ne sont pas attirés par la nation en embuscade derrière l’église mais par le vécu d’une communauté fraternelle ancrée en Christ.
5.) Quelle serait votre perspective orthodoxe sur les maladies spirituelles, d'ailleurs un sujet très important dans la pensée de Jean-Claude Larchet?
La question des maladies spirituelles fait partout surface dans les écrits des Pères. Elle découle de la conception de la Chute et du relèvement qui sous-tend la théologie orthodoxe. Tout homme étant pécheur, il en résulte la nécessité de se purifier pour recevoir l’illumination sur le chemin vers la sainteté qui fait participer aux énergies divines. Sans vouloir entrer dans le détail, il me semble important de revenir à une vision ternaire de l’homme : physique, psychique et spirituel. L’abandon de l’esprit au XIIIe siècle se révèle en effet lourd de conséquences dans toute la pensée jusqu’à nos jours où l’on confond souvent psychique et spirituel.
L’homme est un composé indissociable, de sorte que tout ce qui affecte un domaine exerce une répercussion sur l’ensemble. La mise à l’écart du spirituel ampute l’homme qui ne parvient plus ainsi à son plein épanouissement et passe à côté de sa vraie vocation à la sainteté. S’il est essentiel de diagnostiquer les maladies, il l’est surtout de proposer des remèdes en vue de la guérison.
Il me semble urgent d’accorder davantage d’attention au phénomène du bruit visuel et auditif qui envahit aujourd’hui le quotidien. La rencontre de l’homme avec Dieu se fait dans le silence. Le déluge d’images déversé sur les gens détourne de l’essentiel, souille le cœur et l’esprit, crée une captivité et une accoutumance qui nourrit toutes les maladies spirituelles. Dans la perspective du jeûne, la sélection des images et des sons l’emporte en importance sur celle des nourritures terrestres. Nous devenons en effet ce que nous absorbons !
Je n’en dirai pas davantage puisque mon dernier livre Maladie et guérison : les saints médecins anargyres, développe le sujet et propose des pistes.
6.) Que diriez-vous a quelqu'un qui n'a pas encore choisi l'Orthodoxie, mais veut la découvrir et comprendre?
Ma parole à quelqu’un en recherche dépend fondamentalement de la personne, de son âge, de sa propre histoire, de son lien préalable ou non avec une autre confession chrétienne. Si le désir de découvrir l’Orthodoxie et de la comprendre est sincère, je l’invite à venir à l’Église dans la ligne de saint Jean Damascène qui répondait à un musulman venu s’enquérir de sa foi : « Venez et regardez les icônes ». Mais il importe avant tout que cette personne participe à un office et ouvre tout grand son cœur. En ce qui concerne les icônes, il arrive encore malheureusement qu’elles soient si décadentes et frelatées qu’elles égarent celui qui cherche au lieu de le conduire vers la vérité. Il importe par conséquent de veiller à ce que le premier contact soit authentique.
Dès le départ, l’essentiel est le vécu. À l’encontre d’une approche rationaliste sans issue, la rencontre avec de vrais chrétiens s’impose. Un dialogue avec le prêtre est aussi indispensable, faute de quoi la personne risque de se concocter une Orthodoxie à la carte, ce qui conduit très vite à l’abandon. Tout se joue au niveau du cœur, ce grand champ de bataille où la victoire est donnée à ceux qui s’approchent avec foi et amour de l’Ami des hommes.
vendredi 20 janvier 2017
Interview de Denys Clément
lundi 9 janvier 2017
dimanche 11 décembre 2016
Interview de Laurence Guillon
Un entretien de Tudor Petcu avec Laurence Guillon sur sa conversion a l'Orthodoxie.
1.) Tout d'abord, je vous en serais très reconnaissant si vous pouviez parler un peu de vos expériences spirituelles ou, mieux dit, de vos voyages spirituels. Comment caractériseriez-vous l’influence que ces expériences avaient eue sur votre personnalité?
En réalité, je me suis convertie très tôt à l’orthodoxie, sans faire de voyages particuliers. Je ne suis pas passée par le bouddhisme ou l’hindouisme, je me suis intéressée dans mon enfance à la Grèce antique, et désintéressée du catholicisme, et à l’issue de mon engouement pour la Grèce, qui était païen, fait d’amour de la vie, d’extase vitale, j’ai découvert le christianisme à travers les romans de Dostoïevski. J’avais envie de sortir du monde occidental et contemporain qui ne me correspondait pas du tout. Je cherchais à m’évader, je voulais retourner au moyen âge, je me sentais déracinée spirituellement et même historiquement, car l’enracinement dans un pays est pour moi spirituel et charnel. J’aimais le moyen âge français, mais je m’en sentais coupée, malgré la relative bonne conservation de notre patrimoine, car le catholicisme que j’ai connu dans mon enfance, celui de Vatican II, mais même celui d’avant, ne me reliait pas à ce passé médiéval il en était lui-même coupé. Alors que je me suis tout de suite retrouvée dans la spiritualité russe, et l’Orthodoxie faisait le lien avec le moyen âge, comme avec l’antiquité, d’ailleurs, elle me restituait le passé à l’intérieur du présent, elle me mettait en continuité et en relation. Les expériences spirituelles fortes me sont venues plus tard, sans doute comme un résultat de la maturation de cet ensemencement orthodoxe précoce. J’ai eu des rêves impressionnants qui m’ont parfois réveillée, mise en face de mes errements, ou au contraire encouragée. J’ai eu des moments d’intense contemplation dans la nature, et quelques fortes révélations à l’église, en lien avec le mystère du temps. Je me suis rendu compte que ma vie, en dépit de mes errements, était guidée et qu’on ne me lâchait pas.
2.) S'il vous plait de bien vouloir mettre en évidence le moment où vous avez découvert l'Orthodoxie et l'importance de cette découverte quant a l’évolution de votre vie.
Je l’ai découverte à mon adolescence, en lisant les romans russes, Tolstoï et surtout Dostoïevski, Crime et Châtiment, l’Idiot, et surtout les Frères Karamazov. Je me suis intéressée à l’histoire russe, aux chants liturgiques et aux icônes. J’ai été bouleversée par le film de Tarkovski « Andreï Roubliov ». Je suis arrivée à Paris à dix-sept ans, pour faire mes études, et j’ai commencé à chercher une paroisse orthodoxe qui pût m’accueillir. J’ai trouvé une église à Vanves, et le père Barsanuphe (Ferrier) m’a fait visiter le skite du saint Esprit en me montrant et m’expliquant les icônes du père Grégoire (Krug), ce qui été pour moi une révélation. Parallèlement, je m’initiais à l’iconographie auprès de Léonide Ouspenski. Mon engagement dans l’Orthodoxie m’a, je pense, mise en porte à faux avec l’occident contemporain. Je me suis sentie décalée par rapport à tout ce qui se passait dans le France des années soixante-dix et quatre-vingt, et j’ai fini par partir en Russie, au début des années 90. Cela m’a compliqué l’existence, et au début, je ne l’ai pas bien accepté, je me suis éloignée de l’Eglise pendant quelques années, puis j’y suis peu à peu revenue. Actuellement, je ne regrette pas mon choix. D’ailleurs, dès le début, j’étais certaine de ne pas revenir dans aucune église occidentale.
3.) Pourquoi l'Orthodoxie est-elle assez belle et importante à vos yeux et comment pourrait-elle nous aider à mieux comprendre le tréfonds de l’existence humaine?
J’ai aimé l’Orthodoxie d’abord parce qu’elle était belle, comme les émissaires de saint Vladimir à Constantinople, et pour moi le beau est lié au juste, au vrai, au bon. L’Orthodoxie a gardé la Tradition, et dans le monde complètement psychotique où nous sommes, cette Tradition donne une orientation à ma vie, elle la relie au cheminement ancestral des hommes vers leur Dieu. Elle me met en communication mystérieuse avec mes ancêtres les plus lointains, au moment même où en Occident, tous les ponts culturels et spirituels ont été coupés, où les gens ne savent plus d’où ils viennent ni où ils vont. Elle reste ferme, elle ne cherche pas à séduire, elle est dans le droit fil de notre évolution depuis des millénaires, et nous apporte tout cet héritage, sans déformations ni interprétations fantaisistes, philosophiques, esthétiques aventureuses. C’est une référence à laquelle on peut confronter tout ce.que nous voyons ou entendons raconter, et qui nous donne du discernement. Au début, je reliais l’Orthodoxie à la Russie, mais quand j’ai été obligée de rentrer en France, je suis allée dans un monastère d’obédience grecque, le monastère de Solan, fondé par le père Placide Deseille, et j’ai découvert tout ce que la liturgie orthodoxe avait en commun avec la civilisation méditerranéenne du sud de la France où j’avais grandi et où je me retrouvais à nouveau. Les liens de l’ancien et du nouveau testament avec notre passé pastoral, agricole, les liens de la liturgie et des mélodies byzantines avec l’antiquité la plus lointaine : l’Orthodoxie nous recentre. Sa conception du péché n’est pas étroitement moralisatrice, elle nous le fait comprendre comme une maladie de l’âme dont nous sommes tous victimes et nous rend solidaires des plus pécheurs d’entre nous qui sont à plaindre plus qu’à blâmer, comme dans les romans de Dostoïevski, et qui ont toujours une chance de salut. Elle donne un grand sens du pardon, que les pays occidentaux ont oublié. Je me souviens que le père Barsanuphe m’avait dit un jour à propos de collègues atroces : « Pardonnez-leur, elles n’en deviendront pas meilleures, mais la situation cessera de vous nuire ». J’ai remarqué par exemple que les victimes du Goulag en Russie ne nourrissaient pas, comme en Occident, une haine vengeresse de leurs oppresseurs, elles sont au dessus de cela, et ne laissent pas le ressentiment ternir l’étincelle d’amour divin qu’elles ont su conserver à travers ces épreuves inimaginables. Même si je suis souvent révoltée par l’injustice ou par des personnes vraiment sataniques dont les agissements sont préjudiciables à beaucoup d’innocents, j’essaie de ne pas perdre cela de vue. L’incapacité des occidentaux à pardonner, leur façon de considérer le pardon comme une faiblesse, me paraît un grand facteur de malheur, dont je vois les effets dévastateurs jusqu’au sein de ma famille. Si nous arrivions à nous pénétrer de l’idée que l’homme est Un, comme disait le père Vsévolod Schpiller, de façon horizontale, dans notre présent, et transversale, dans notre passé, notre vision de la vie changerait du tout au tout, notre vision de nous-mêmes et des autres. Nous deviendrions solidaires dans le Christ, de l’humanité actuelle et des générations passées qui vivent en nous.
4.) Pourquoi devrait-on considérer que l'Eglise Orthodoxe est la seule Eglise des Apôtres fondée par Jésus Christ? Quels seraient vos arguments?
Je suis de plus en plus persuadée qu’il en est ainsi, et cela par le spectacle de plus en plus consternant que m’offrent les autres églises, de leur démission devant la modernité, de leur adhésion à toutes les folies du siècle, de leurs compromissions. Je ne reconnais pas le christianisme dans la manière dont il s’exprime ailleurs, et il ne m’apporte pas l’eau vive dont j’ai besoin, la fermeté, la lumière. Tout me paraît plus simple, plus fort et plus profond chez les orthodoxes. J’en conclus donc qu’ils représentent la véritable Eglise, car dans les temps de confusion satanique où nous vivons, ils sont les seuls à tenir bon et à délivrer un message clair. Notre Eglise, notre liturgie sont profondément enracinées dans le monde antique, et il me semble parfois me trouver à la fois maintenant, à notre époque, dans l’église, et alors, il y a deux mille ans, aux côtés de ces mêmes apôtres. Les scories du siècle obscurcissent tout cela, dans les autres religions chrétiennes, brouillent et faussent notre perception, obstruent les canaux qui nous relient à la Source.
Oui, et c’est exactement pour cela que je l’ai aimée. Un prêtre orthodoxe disait, en Amérique, aux représentants d’autres confessions qui le questionnaient sur les différences entre nos Eglises : « L’Orthodoxie plaît aux enfants. » Je retrouve chez les peuples orthodoxes une simplicité et une spontanéité enfantines qui devaient être les nôtres au Moyen Age. Les enfants perçoivent le monde avec gravité et émerveillement, et c’est ce qui manque cruellement aux occidentaux actuels.
6.) Croyez-vous que l'icone orthodoxe soit ou puisse être la traduction de l’entière histoire chrétienne et pas moins de la vérité de Jésus Christ?
Oui, dans la mesure où elle représente tous les saints qui ont fait l’Eglise depuis l’aube de notre relation avec Dieu à travers le Christ incarné. Elle fait partie de cette perception différente du temps qui me semble être la nôtre, où le présent contient un passé vivant et agissant, avec lequel nous sommes reliés, et c’est cela qui m’a conquise et donné un équilibre sans lequel j’aurais certainement, dans le contexte où nous vivons, fini par perdre l’esprit.
samedi 19 novembre 2016
Une interview de l'archiprêtre Serge Model
Nous publierons ici pour nos lecteurs dans les semaines et mois à venir, une série d'interview réalisé par Tudor Petcu, que nous remercions pour cette généreuse collaboration.
La première que nous publions en exclusivité, est celle de l'archiprêtre Serge Model réalisée en Juin 2016.
Bonne lecture.
La première que nous publions en exclusivité, est celle de l'archiprêtre Serge Model réalisée en Juin 2016.
Bonne lecture.
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